L’atelier de rhétorique à la maison de la Francité (2018)

Présentation

Prenez un moment de réflexion. Y a-t-il une chose que vous voulez changer au monde pour le rendre un peu meilleur ? Cette question est à l’origine de la démarche rhétorique. La rhétorique, c’est l’art de mettre vos idées en discours et votre public en mouvement. En rejoignant ce stage, vous êtes accompagné(e)s, étape par étape, dans l’élaboration d’un discours persuasif au service d’une cause ou d’un projet qui vous tient à cœur. Le stage comprend l’enregistrement de votre discours en vidéo et la mise en place d’une stratégie de diffusion.

Programme

Séance 1 – Mettre vos idées en discours et votre public en mouvement 

Comment attirer l’attention sur votre projet? Comment faire prendre conscience de l’ampleur d’un problème? Comment convaincre de la pertinence de vos solutions? Comment faire passer votre public de la réflexion à l’action?

Séance 2 – Changer votre prise de parole en évènement: exercez votre style

Non! Le style ne sert pas à “faire joli”. C’est grâce au travail sur le style que vous pouvez changer votre prise de parole en évènement. Comment? En utilisant les figures comme un moyen de galvaniser votre public. Dans cette séance, vous vous exercez à mobiliser le style pour faire passer un message fort.

Séance 3 – Pour une performance mémorable: exercez votre mémoire! 

Lors de vos prises de parole: oubliez vos notes. Le public n’a aucune raison de vous prêter attention si vous n’apportez pas de valeur ajoutée par rapport à un document écrit. Sans mémoire, pas de bonne relation avec le public et sans lien fort avec le public, pas de performance. Dans cette séance, vous vous exercez à délivrer un discours de plus en plus long, de plus en plus structuré, sans notes.

Séance 4 -Le laboratoire du désaccord

Le débat a mauvaise presse : il nous évoque immédiatement les duels de langue de bois des professionnels de la politique. Pourtant, lorsqu’il est pratiqué avec art et maîtrise, le débat est une des activités intellectuelles les plus stimulantes. C’est un excellent exercice d’hygiène mentale et l’un des meilleurs moyens d’augmenter la qualité de nos connaissances.

 

Séance 5 – À la conquête de votre public: s’exercer à viser juste

Conversation entre amis? Conversation professionnelle? Entretien de vente? Publication sur les réseaux sociaux? Vidéo Youtube? Les occasions de faire passer votre message sont innombrables. Dans cette dernière séance, vous vous exercez à adapter stratégiquement votre message en tenant compte des contraintes de temps, de nombre de signes, de situation et d’auditoire.

Séance 1: Mettre vos idées en discours et votre public en mouvement 

La définition de la rhétorique

Aristote, dans son traité, définit la rhétorique en ces termes:

« La rhétorique est la capacité à identifier ce qui, dans chaque cas, est propre à persuader »

Prenons la mesure de cette définition.

Les situations dans lesquelles nous prenons la parole son multiples. On peut prendre la parole devant un petit auditoire, devant un grand auditoire, devant des gens qui nous connaissent, devant des gens qui ne nous connaissent pas, devant des gens avec des a priori positifs, neutres ou négatifs…

De plus, nous prenons la parole en visant des objectifs très divers: nous pouvons prendre la parole pour conseiller, pour rassembler, pour motiver, pour critiquer, pour vendre, pour informer…

Or, nous dit Aristote, il est possible d’acquérir une capacité rhétorique nous permettant de savoir ce qui va marcher quelque soit la situation. Pour aller plus, voici une vidéo qui précise la définition de la rhétorique.

Comment acquérir cette compétence rhétorique?

La méthode

Pour développer votre compétence rhétorique, notre méthode repose sur trois piliers:

1) Pratiquer la gymnastique des orateurs

La rhétorique est une discipline artisanale qui s’apprend comme on apprend à dessiner, à jouer d’un instrument ou à maîtriser un sport. Vous allez faire vos gammes en pratiquant des exercices de rhétorique inspirés des progymnasmata (le programme de formation à la rhétorique qui était en vigueur dans l’Antiquité grecque et romaine).

2) Aiguiser votre regard rhétorique

Un bon orateur est avant tout un bon critique. Dans cette formation, vous allez apprendre à vous nourrir plus efficacement des discours auxquels vos êtes exposés dans les médias ou dans votre environnement professionnel. Pour ce faire, vous allez acquérir des concepts qui vous permettront d’aiguiser votre regard rhétorique (voir ci-dessous).

Voici, pour commencer, les deux questions de base à vous poser lorsque vous écoutez un discours:

1. Qu’est-ce que l’orateur cherche à faire? (Quels sont ses objectifs? Par quels moyens rhétorique cherche-t-il à les atteindre?)

2. Quelles autres stratégies étaient disponibles?

Bien sûr, plus vous êtes habitués à analyser des discours et plus vous avez de matière pour répondre à ces questions.

Pour aller plus loin, voici un exemple d’analyse rhétorique en vidéo.

3) Chercher à mettre votre compétence rhétorique à l’épreuve du monde

Je vous encourage, tout au long de cette formation, de saisir toutes les occasions de pratiquer la rhétorique (discussion entre amis, présentation en contexte professionnel, publications sur les réseaux sociaux…). Fixer vos des objectifs lors de vos prises de parole et identifier des critères pour mettre à l’épreuve votre efficacité.

Les outils

Les 3 preuves

Les 3 preuves sont les outils de base pour aiguiser votre regard rhétorique. En rhétorique, nous partons du principe que pour être persuasif, il faut considérer les membres de notre public comme des êtres humains complets: des êtres de raison, de passion et de caractère. Nous allons donc prendre en compte ces trois dimensions dans l’analyse d’une performance rhétorique:

Les 5 canons

Les 5 canons sont les 5 étapes nécessaires à la préparation d’un discours: l’invention, la disposition, le style, la mémoire et la performance. Voici un article qui développe ces différents étapes.

Votre premier exercice de rhétorique

Lors de cette séance, vous avez pratiqué le dissoi logoi.

Votre premier discours

Pour la prochaine séance, je vous ai demandé de présenter une cause qui vous tient à cœur en suivant ce modèle:

Discours 1 (pdf)

Vous pouvez vous inspirer de cet exemple.

Séance 2 – Changer votre prise de parole en évènement: exercez votre style

Qu’est-ce que le style?

Dans cette seconde leçon, nous touchons au cœur de la rhétorique.

Notre point de départ est réfléchir aux questions suivantes: Qu’est-ce que le style? À quoi sert le style? Comment exercer le style?

En rhétorique, le style est un travail sur le choix des mots. Une recherche de l’originalité dans les formulations et dans les images que l’on créer dans l’esprit du public.

Traditionnellement, en rhétorique, on distingue plusieurs niveaux de style. Nous en retiendrons plus particulièrement 2 (pour aller plus loin):

– Le style spontané, qui vise à recréer le sentiment d’une interaction, d’une conversation avec le public.

– Le grand style, qui, par le recours à des figures sophistiquées vise au contraire à rompre la routine de l’usage commun et courant du langage.

Engager un travail sur le style est d’autant plus important que la communication contemporaine souffre de deux maux:

  • La surcharge informationnelle (ou infobésité) qui fait que nous sommes constamment abreuvés de nouvelles, de faits, d’histoires, d’emails…
  • La distraction, qui fait que les auditoires sont constamment distraits par les notifications de leurs téléphones.

Dans ce contexte, l’originalité devient une condition nécessaire à une communication réussie.

Pour aller plus loin, vous pouvez visionner cette vidéo.

Vous pouvez également lire ce chapitre du traité de Quintilien.

Exercer votre style

On exerce son style en s’efforçant de formuler une même idée de différentes manières.

Pour ce faire, nous avons tout d’abord travaillé sur la différence entre dire et montrer. En rhétorique, on parle de la technique de l’ekphrasis dont l’objectif est, par une description criante de vérité, de mettre ce dont on parle sous les yeux du lecteur. Je vous ai, à cet égard, donné une citation de Quintilien:

Sans doute celui qui se borne à dire que la ville a été prise, embrasse dans ce seul mot toutes les horreurs que comporte un pareil sort ; mais il ne remue pas les entrailles, et a l’air d’annoncer purement et simplement une nouvelle : mais développez tout ce qui est renfermé dans ce mot, alors on verra les flammes qui dévorent les maisons et les temples, alors on entendra le fra. cas des toits qui s’abîment, et une immense clameur formée de mille clameurs ; on verra les uns fuir à l’aventure, les autres étreindre leurs parents dans un dernier embrassement ; d’un côté, des enfants et des femmes qui gémissent, et de l’autre, des vieillards qui maudissent le sort qui a prolongé leur vie jusqu’à ce jour ; puis, le pillage des choses profanes et sacrées, les soldats courant en tout sens pour emporter ou pour chercher leur proie, chacun des voleurs poussant devant soi des troupeaux de prisonniers chargés de chaînes, des mères s’efforçant de retenir leurs enfants, enfin les vainqueurs eux-mêmes se battant entre eux à la moindre apparence d’un plus riche butin. Tout cela, comme je l’ai dit, est renfermé dans l’idée d’une ville prise d’assaut ; maison dit moins en disant le tout en gros qu’en énumérant les parties.

(Je vous encourage à lire le passage du traité dans son ensemble ici.)

Selon ce principe, je vous ai proposé d’utiliser la description comme une technique pour mettre sensibiliser le public à une cause qui vous tient à cœur. L’objectif est donc que vous soyez capables d’alterner entre plusieurs manière de défendre votre cause: l’argumentation en est une, la description en est une autre. Et c’est en variant les styles que vous offrirez des discours riches et captivant à votre public.

L’éloge paradoxal

Dans cette séance nous avons, enfin, pratiqué un exercice de rhétorique antique: l’éloge paradoxal.

Le défi est rendre beau, juste, bon, désirable ce qui est généralement déconsidéré ou mal considéré par le public. Cet exercice demande donc de la créativité et du style, parce qu’il suppose de montrer l’objet de l’éloge sous un jour nouveau.

Nous avons un bel exemple antique de cet exercice: l’éloge d’Hélène par le sophiste Gorgias.

Hélène était la femme Ménélas, roi de Sparte. En l’absence de ce dernier, elle céda aux avances du prince troyen Pâris. Il en résultat la guerre la plus meurtrière de l’antiquité.

Dans le contexte antique, faire l’éloge d’Hélène est donc un exercice risqué. C’est précisément le défi que c’était lancé Gorgias pour faire la démonstration de sa maîtrise de la rhétorique. Je vous encourage à jeter un oeil sur le résultat.

De même, je vous ai proposé de faire un éloge paradoxal sur l’un des sujets suivants:

  • Le moustique
  • L’insulte
  • La pluie
  • La bêtise
  • Le mensonge

Le résultat était vraiment de haut niveau: bravo à vous!

Si nous n’avez pas reçu le lien pour la vidéo, écrivez-moi: mrvicfer@gmail.com

Travail en vue de la troisième séance

Pour préparer la troisième séance, je vous propose de faire 2 choses:

1. Projetez-vous dans une situation où faites un discours sur votre sujet face à un grand auditoire. Vous concluez votre discours à l’aide d’une figure de style. Je vous encourage à tester plusieurs formulations alternatives, c’est comme cela qu’on exerce son style.

2. Réfléchissez à la manière dont vous pourriez utiliser les réseaux sociaux comme un terrain d’expérimentation rhétorique.

Au plaisir de vous retrouver pour la troisième séance!

Séance 3 – Pour une performance mémorable: exercez votre mémoire!

Discussion sur la mémoire

En rhétorique, il y a deux volets du travail sur la mémoire:

  1. Premièrement, l’orateur doit avoir suffisamment incorporé son texte pour pouvoir se concentrer sur la relation avec son public.
  2. Deuxièmement, l’orateur doit viser à ce que son message soit mémorable.

À cet égard, il est intéressant de noter que les anciens situaient la mémoire dans le cœur. Pourquoi? Parce qu’ils avaient remarqué que l’on retenait ce qui faisait battre le cœur. En d’autres termes, nous retenons ce qui a un impact émotionnel fort sur nous. Partant de ce principe, qui a été confirmé par la recherche contemporaine (voir cette étude par exemple), les anciens ont développé une méthode de mémorisation: les palais de la mémoire.

La méthode antique de mémorisation: se construire un palais de la mémoire

La première description précise de cette méthode nous est parvenue dans un traité anonyme: La Rhétorique à Herennius (1er siècle avant JC). Vous pouvez y jetez un oeil, même si les exemples pris par l’auteur sont assez obscurs pour le lecteur contemporain.

Voici le passage où il décrit cette méthode:

« Maintenant, nous parlerons de la mémoire artificielle. Elle comprend les cases et les images. Par cases, nous entendons les ouvrages de la nature ou de l’art tels que, dans un espace restreint, ils forment un tout complet et capable d’attirer l’attention, si bien que la mémoire naturelle puisse facilement les saisir et les embrasser : tels sont un palais, un entre-colonnement, un angle, une voûte et d’autres choses semblables. Les images sont des formes qui permettent de reconnaître et de représenter l’objet que nous voulons nous rappeler ; par exemple, si nous voulons évoquer le souvenir d’un cheval, d’un lion, d’un aigle, il nous faudra placer l’image de ces animaux dans des lieux déterminés. « 

« Par exemple, l’accusateur prétend que le prévenu a empoisonné un homme, l’accuse d’avoir commis le crime pour s’assurer un héritage, et dit qu’il y a, pour le prouver, beaucoup de témoins, beaucoup de gens ayant été dans la confidence. Si nous voulons nous rappeler ce premier point, afin de pouvoir facilement présenter la défense, dans une première case nous nous tracerons une représentation de toute l’affaire. Nous nous représenterons étendu dans son lit, malade, l’homme même dont il est question. Et, debout près de lui, à côté de lui, nous placerons l’accusé, tenant de la main droite le poison, de la main gauche des tablettes et des testicules ordinaires de bélier, par ce moyen nous pourrons nous souvenir des témoins, de l’héritage et de l’homme empoisonné. »

Vous remarquerez la présence saugrenue des testicules de bélier. Ce détail permet de rendre l’image mémorable, d’autant plus qu’en latin testicule est phonétiquement proche du terme pour témoin (testimonium).

Pour en savoir plus sur cette approche de la mémorisation, vous pouvez parcourir cet ouvrage: The Art of Memory de Francis Yates.

L’art rhétorique des émotions

Nous avons, dans un second temps, commencé à aborder le travail rhétorique sur les émotions. L’enjeu est donc de parvenir à proposer une expérience émotionnelle forte à votre public afin de favoriser sa mémorisation.

Outre l’exercice que nous avons fait pendant la séance et ceux que vous ai demandé de faire chez vous, voici un article sur l’exercice rhétorique des émotions et une vidéo sur le sujet.

J’espère que vous aurez du temps pour lire, écrire, penser et parler!

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