Questionner n’est pas interroger!

Il est souvent difficile d’avoir des débats constructifs. À la première contradiction, la plupart de nos discussions tournent court. Et c’est bien dommage: alors que les différences d’opinions politiques, de valeurs, de cultures, de sensibilités pourraient être l’occasion de nous enrichir, nous les recevons pratiquement tout le temps comme un affront, comme une menace (pour creuser les causes psychologiques, anthropologiques et sociologiques des dialogues de sourds, c’est par ici et par là).

Il y a, heureusement, une chose que nous pouvons faire pour renouer avec le plaisir de la conversation: mieux distinguer l’acte d’interroger de l’acte de questionner.

Interroger

Qui interroge? Le policier interroge le suspect, le professeur interroge l’élève, les parents interrogent leur enfant.

Lorsque vous interrogez, c’est que vous pensez connaître la réponse et que vous voulez vérifier si l’autre la connaît aussi et, éventuellement, le sanctionner sa réponse ne correspond pas vos attentes.

Je précise, dès à présent, que la différence entre questionner et interroger ne se réduit pas à des enjeux de formulation. Ce n’est pas parce que vous posez des questions ouvertes (« qu’est-ce que tu en penses? ») que vous êtes dans le questionnement. Le critère se situe dans l’attitude. Quand vous interrogez, vous ne vous intéressez pas vraiment à ce que pense l’autre: vous savez déjà. Vous êtes seulement préoccupé par la conformité des dires de l’autre avec votre savoir.

Enfin, quand vous interrogez, vous mettez l’autre sur la défensive. Vous le stressez. En conséquence, il ne risque pas de vous dire quoi que soit d’intéressant: il va vous servir un discours de justification, il va chercher à combler les failles, ce qui est le contraire de l’esprit critique.

Questionner

Quand vous questionnez, au contraire, votre attitude n’est pas celle d’un enquêteur mais d’un explorateur. Essayez d’atteindre et de maintenir le même genre de plaisir curieux qu’on éprouve lorsqu’on découvre un nouveau pays. Vous devez, aussi longtemps que possible, essayer de vous retenir de ramener l’expérience de l’autre à la vôtre.

Essayez, vous m’en direz des nouvelles.

Je vous laisse avec une analyse de l’incapacité des professionnels de la politique à poser de vraies questions.

Pour soutenir mon travail gratuitement, c’est facile: il suffit d’aller sur ma page tipeee et de regarder un clip.

Prenez soin de vous et de votre esprit!

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