Savoir conclure

Vous arrivez à la fin de votre discours ou de votre présentation. Vous avez fait le travail: votre plan tenait la route, vous avez surmonté le petit stress de la prise de parole en public, vous avez parlé avec conviction et la salle semblait réceptive. Mais vous sentez qu’il manque un petit quelque chose…Est-ce que je peux vraiment terminer comme ça?

Du coup, vous vous rabattez sur un usage maladroit des adverbes « j’étais vraiment très heureux/heureuse de vous parler » « c’est vraiment très important ». Et vous enchaînez probablement sur “voilà” voire sur un “bon bah voilà” accompagnant le slide le plus médiocre de toute la galaxie: “merci de votre attention”.

Car, au fond, il y a deux types de personnes: celles qui terminent leurs présentations par “voilà” et les autres. Les autres sont les plus rares. Et vous ne voulez pas être comme tout le monde. N’est-ce pas?

Les figures de style ne sont pas facultatives

Les figures de style, avec leurs noms alambiqués, sont en grande partie responsables de la mauvaise réputation de la rhétorique. Et il y a une bonne raison à cela: pendant des siècles, ce qui a été dit et écrit sur la rhétorique fut le monopole d’universitaires qui abordaient les figures de style comme on collectionne les papillons. Et pourtant, la première fonction des figures de style n’est pas de faire joli.

En rhétorique, les figures de style ont 2 fonctions:

  1. Capter l’attention.
  2. Hausser votre niveau d’énergie et celle du public

Capter l’attention

Si les figures de style permettent de capter l’attention, c’est parce qu’elles rompent la routine de l’usage quotidien du langage. Les figures de style reposent en effet sur des procédés de parallélisme et de répétition.

Voici deux figures de répétition:

Anaphore:

« Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! » (Charles de Gaulle, extrait du discours du 25 août 1944, à la suite de la libération de Paris)

Polysyndète:

« Notre voyage va être long et il va être difficile et il sera dangereux mais nous serons prêts et nous serons unis »

Et voici deux figures de parallélisme:

Symploque:

« On nous dit que la gauche n’a aucune chance mais rien n’est écrit. On nous dit qu’elle ne rassemblera jamais, qu’elle en est incapable, rien n’est écrit. On nous dit que l’extrême droite est qualifiée d’office pour le second tour, rien n’est écrit. » (Déclaration de candidature de Manuel Valls à Évry, 5 décembre 2016)

Anadiplose               

« La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… mène à la souffrance »

Personne ne parle comme ça dans une conversation. Et justement: quand vous utilisez la répétition et le parallélisme, votre public sent qu’il se passe quelque chose ce qui le rend attentif.

Hausser votre niveau d’énergie

Les figures de style peuvent être utilisées comme des tremplins à énergie. C’est en particulier le cas de l’anaphore. Vous sentez que le « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! » de De Gaulle s’utilise dans un crescendo. Et si vous voulez que votre public se souvienne de vous et de votre présentation, vous devez lui faire vivre des choses.

C’est, d’ailleurs, le sens originel de l’expression « apprendre par cœur ». Les anciens étaient convaincus que le siège de la mémoire était le cœur. Ils avaient en effet remarqué qu’on retenait ce qui fait battre notre cœur. Cette intuition est aujourd’hui confirmée par la recherche contemporaine sur les rapports entre mémoire et émotions.

Si vous voulez vous exercer à l’usage rhétorique des émotions, j’ai fait une vidéo pour vous y aider. Mais revenons-en à votre conclusion.

Ne terminez plus jamais votre présentation par voilà

On vous a sans doute déjà dit que la conclusion était la partie la plus importante de votre discours. C’est vrai. On vous a probablement également dit que l’introduction était la partie la plus importante de votre discours. C’est également vrai. Et je ne vous cache pas que le développement est également la partie la plus importante de votre discours. Pour cause: quand des gens vous font l’honneur de prendre sur leur temps pour vous écouter, vous devez viser l’excellence à chaque instant. Bien sûr, cela suppose d’avoir une idée de l’excellence.

Une conclusion est excellente quand elle accomplit deux choses: 1) Appeler à l’action; 2) Disposer à l’action.

Toute bonne prise de parole doit partir d’un problème et proposer une manière de le régler. J’ai bien dit TOUTE bonne brise de parole. Si vous n’en êtes pas convaincu, je vous propose de revenir aux bases. Ou alors de me donner en commentaire un exemple de bonne prise de parole dont la fonction ne serait pas de régler un problème.

Du coup, vous aurez bien conclu si vous terminez en donnant à votre public une, deux ou trois actions qu’il peut accomplir en vue de résoudre le problème dont vous êtes parti. C’est ça l’objectif de votre conclusion: changer votre public en acteur de la résolution d’un problème (pour vous exercer à l’appel à l’action, c’est par ici).

Et pour disposer votre public à l’action, vous allez devoir augmenter son niveau d’énergie.

Bien sûr, vous pouvez laisser votre conclusion au petit bonheur la chance.

Bien sûr, vous pouvez mépriser les figures de style et leurs noms compliqués.

Mais vous pouvez aussi choisir l’efficacité et l’élégance.

Oui, le public à besoin d’un petit quelque chose à la fin de votre discours. Donnez lui avec style.

J’ai ouvert les inscriptions de ma prochaine formation à Paris (23-26 octobre 2019). C’est la 4ème édition. Je travaille en petit groupe (8-10 personnes) pour que nous puissions bien nous installer dans les exercices et le feed back. Pour le programme et les inscriptions, c’est par ici.

Si mon travail vous est utile, vous pouvez m’aider gratuitement: il suffit de vous rendre sur ma page tipeee et de regarder un clip d’une minute.




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