Défendre une cause

Avant de chercher à persuader les autres, vous devez être vous-même habité du désir de changer quelque chose au monde.

En rhétorique, tout commence donc par une belle question: “Quel changement apporter au monde pour le rendre un peu meilleur?”

Ça devrait le point de départ de toute démarche politique, mais aussi de toute démarche entrepreneuriale: quelle est cette chose qui pourrait rendre notre monde un peu plus beau, un peu plus juste, un peu plus agréable?

C’est important d’avoir une réponse personnelle à cette question: si vous ne faites pas l’effort d’y réfléchir, d’autres le feront pour vous avec des idéologies toutes faites.

Prenez donc un instant, et réfléchissez: comment rendre le monde peu meilleur?

Quelque soit votre cause, votre objectif est qu’un maximum de monde partage votre constat, partage votre volonté de changer les choses. Mais, de base, il est probable que les gens auxquels vous vous adressez n’en aient pas grand chose à faire, qu’ils aient d’autres priorités, qu’ils soient sceptiques ou qu’ils soient carrément opposés…

1. Le problème

Le premier temps de votre discours, qui peut d’ailleurs prendre la forme d’une vidéo ou d’un post sur les réseaux sociaux, va donc être d’amener votre public à prendre conscience qu’il y a un problème.

Et pour décrire efficacement un problème, vous allez devoir le présenter à la fois en termes qualitatifs et en termes quantitatifs. Vous allez devoir montrer qu’il s’agit d’un problème important et qu’il s’agit d’un problème grave. Vous allez devoir parler à la raison de votre public mais aussi à ses tripes.

Par exemple, imaginons que je pense que le monde serait meilleur si on protégeait plus les espèces animales.

Je peux montrer l’ampleur du problème avec des chiffres, en vous disant par exemple que la population d’animaux sauvages s’est réduite de 60 % en 40 ans.

Ça donne une idée de l’ampleur du phénomène, mais les chiffres c’est abstrait, désincarné. Et pour sensibiliser au problème, je vais donc faire un zoom sur un cas particulier: le Puma, qui était une petite bête magnifique, s’est officiellement éteint en 2018.

Et là, on ressent le problème, celui d’un monde où tous les beaux animaux qui occupent notre imaginaire, les lions, les éléphants, les dauphins ne seront bientôt plus que des souvenirs…

2. La cause

Une fois que vous avez fait prendre conscience de l’ampleur et de la gravité du problème, vous devez poser un diagnostic.

C’est une étape très importante: quand bien vous arriveriez à convaincre votre public qu’il y a un problème, cela ne garantit pas du tout qu’il accepte votre solution. Et la crédibilité de votre solution va donc dépendre de la précision avec laquelle vous identifier la cause de ce problème.

Et c’est là que ça devient politique: parce que si, par exemple, nous sommes tous d’accords pour dire que le chômage est un problème, d’où vient-il?

Est-ce que c’est parce que les entreprises sont trop taxées pour embaucher?

Est-ce que c’est parce que les jeunes sont mal orientés et mal formés?

Est-ce que c’est parce qu’il est plus intéressant de toucher le chômage que de travailler?

Est-ce que c’est parce que les entreprises préfèrent verser des dividendes à leurs actionnaires plutôt que d’investir et d’embaucher?

Il pourra également être judicieux de montrer à votre public que même si vous avez conscience de la diversité des diagnostics, vous pouvez prouver que le votre est le bon.

3. Le remède

Une fois que vous avez posé le diagnostic, la solution doit aller de soi. Par exemple, si vous avez prouvé que le chômage venait du fait que les entreprises étaient trop taxées, vous allez proposer de baisser les taxes. Si vous avez prouvé que la disparition des espèces animales venait du fait que l’habitat humain gagnait trop de place sur la nature, vous allez proposer de stopper l’expansion périurbaine au profit d’une expansion verticale des villes.

Il vous reste alors à justifier votre solution. Pour ce faire, vous allez puiser vos arguments dans les 4 lieux du délibératifs:

  • Est-ce que vous pouvez prouver que votre solution est opportune? (Est-ce que c’est le bon moment?)
  • Est-ce que vous pouvez prouver qu’elle est applicable? (Avez-vous conscience des problèmes pratiques de mise en œuvre de votre solution?)
  • Est-ce que vous pouvez prouver qu’elle est utile ( avez vous une conscience précise de ses effets positifs et négatifs?)
  • Est-ce que vous pouvez prouver qu’elle est morale? (Pouvez-vous prouver que votre solution renforce la liberté, la justice, l’égalité, la solidarité? etc…)

Une fois que vous avez convaincu votre public qu’il y avait un problème, que vous avez identifié sa cause et que vous avez présenté et justifié votre solution, vous devez donner à votre public les moyens de contribuer à la résolution du problème. Vous devez lui proposer une action précise qui va faire advenir la solution.

4. L’appel à l’action

L’appel à l’action, le call to action, a mauvaise presse. Et pour cause : nous sommes submergés d’appels à l’action (« cliquez ici », « donnez là », « regardez ça »). De plus, ces appels à l’action négligent souvent l’intelligence du public. Vous avez sans doute déjà été confrontés à des messages du type : « donnez-moi votre adresse émail, je vous enverrai 5 trucs pour devenir millionnaire sans bouger de chez vous ». Ces appels à l’action ne sont ni crédibles, ni stimulants (peut-on être fier de devenir riche sans efforts ?). Vous voyez ce qu’il vous reste à faire : proposer une action qui a du sens.

Et si le temps était venu de faire quelque chose de grand?

Et si le temps était venu de développer sérieusement votre compétence rhétorique?

Si vous vous sentez prêt(e), rejoignez l’avant garde.

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