Devenir démocrate: un exercice rhétorique

Partons d’une proposition radicale, au risque d’être imprudents : nous vivons en démocratie mais nous ne sommes pas démocrates. Nous bénéficions d’une liberté d’expression relativement bien garantie, nous avons un droit de regard sur les grandes questions ayant trait à la gestion de nos cités et, de temps à autre, nous avons même l’opportunité de porter au pouvoir ceux des représentants qui nous déplaisent le moins et de sanctionner ceux qui nous ont le plus déplu. Tout ceci ne fait pas de nous des démocrates.

La démocratie: un artisanat

Imaginons, pour l’exercice, que notre système change radicalement. Imaginons, par exemple, qu’une idée toute simple gagne du terrain : il n’existe pas d’être humain tellement meilleur qu’un autre. Partant, il deviendrait saugrenu de donner autant de pouvoir à une seule personne, de laisser à un individu, aussi méritant soit-il, le soin d’assumer le destin de centaines, de milliers, de millions d’individus. Alors, nos représentants, que nous aimons tant haïr, nous apparaîtront pour ce qu’ils sont : de petits hommes avec des responsabilités beaucoup trop grandes pour eux. Si cette idée gagne du terrain, nous pourrions avoir envie d’expérimenter une forme plus directe de démocratie et, à l’instar de nos lointains ancêtres, de nous emparer de la chose publique. Mais alors, c’est toute une gamme de compétences qu’il nous faudra (re)apprendre à apprivoiser.

Rhétorique et démocratie

Citons-en quelques-unes : être capable de construire un discours cohérent, calibré et de le délivrer distinctement et sans appréhension face à un vaste auditoire qui n’a, a priori, aucune raison d’être bien disposé à notre égard ; être capable d’engager, de maintenir, de restaurer un terrain d’entente avec des personnes qui pour des raisons culturelles, sociales ou ethniques se situent en dehors de notre cercle empathique ; être capable de supporter les émotions du désaccord, de garder les idées claires tout en perdant la face, d’accepter la contradiction sans y voir une fatalité ; être capable, au plus profond d’un dialogue de sourds qui s’envenime, de prendre le recul théorique nécessaire pour voir en l’autre non pas un ennemi, qu’il faudrait supprimer, mais un autre orateur, que l’on pourra au moins respecter, pour la beauté du geste.

Si vous vous voulez en savoir plus sur ces compétences démocratiques et sur les exercices pour les développer, je vous invite à parcours le dossier « Rhétorique et citoyenneté » que j’ai édité avec mon collègue Benoît Sans dans la revue Exercices de rhétorique.

Si vous voulez commencer à entraîner votre compétence démocratique, c’est par ici.

Articles similaires

Prise de parole en public... Chaque année, le président de la commission européenne présente son discours sur l’état de l’Union. Année après année, ce discours offre une compilation de tout ce qu’il
Devenir démocrate: un ex... Partons d’une proposition radicale, au risque d’être imprudents : nous vivons en démocratie mais nous ne sommes pas démocrates. Nous bénéficions d’une liberté d’expression relativement bien garantie, nous
Convaincre: impossible? Avons-nous vraiment le pouvoir de convaincre? On peut en douter, à la lecture de l’ouvrage « Dialogue de sourds ». L’auteur y développe un point de vue très sceptique
Un conseil pour ceux qui ... Il y a quelques semaines, j’ai sorti une vidéo où je dénonçais l’arnaque de la communication non-verbale. J’appuyais ma position sur trois arguments: L’idée selon laquelle une
Discours de Macron au Con... Le lundi 9 juillet 2018, Emmanuel Macron s’est adressé aux parlementaires et aux sénateurs réunis en “Congrès” à Versailles. Ce discours est un objet rhétorique fascinant. Il
Les 5 sources de la post-... La post-vérité est définie par le dictionnaire d’Oxford comme une ère où : « les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion
Un bel exemple de sophism...   Connaissez-vous l’argument « ad baculum » ? Il consiste à persuader un opposant de renoncer à une thèse en soulignant les conséquences fâcheuses auxquelles il s’exposerait
Qu’est-ce que le re... Le relativisme est un refus d’assumer un jugement moral. C’est aussi l’attitude par défaut de beaucoup d’européens aujourd’hui. Comment en sommes-nous arrivés là ? Que faut-il garder du
Savoir conclure Vous arrivez à la fin de votre discours ou de votre présentation. Vous avez fait le travail: votre plan tenait la route, vous avez surmonté le petit
L’usage rhétorique... Comme le chef d’orchestre, le grand orateur sait comment faire retentir les émotions de son public. Grand maître en la matière, Jean-Luc Mélenchon en a encore fait

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *