Les 5 sources de la post-vérité

La post-vérité est définie par le dictionnaire d’Oxford comme une ère où : « les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ».

Même si elle vient d’Oxford, cette définition n’est pas satisfaisante. En effet, le mécanisme qu’elle décrit est vieux comme l’humain: de tout temps, les hommes ont cru ce qu’ils avaient envie de croire. La post-vérité ce n’est pas ça. Elle doit plutôt être définie comme la fin des garde-fous qui permettaient à une société de corriger la tendance naturelle de l’homme à croire ce que bon lui semble. Voyons, plus en détail, le terreau de cette nouvelle ère.

1. Le terreau cognitif

 Les êtres humains ne sont pas très bien équipés pour distinguer le vrai du faux. Ou, pour le dire de façon plus précise : les êtres humains ne sont pas très motivés à distinguer le vrai du faux. 40 ans de recherche en psychologie a en effet montré que nous usons principalement de notre intelligence pour confirmer nos intuitions et non pour les mettre à l’épreuve (pour en savoir plus, c’est par ici). Pour ne donner qu’un exemple, des chercheurs ont fait l’expérience suivante. Ils ont donné à critiquer un article scientifique établissant une corrélation entre la consommation de café et le cancer du sein à deux groupes de femmes : des femmes buvant du café et des femmes qui n’en buvaient pas. Devinez quel groupe a trouvé le plus de problèmes dans l’article. Gagné ! Les femmes qui buvaient du café. L’avènement de la post-vérité peut s’expliquer par la destruction des garde-fous qui nous permettaient traditionnellement de corriger notre inclinaison à croire ce que nous avons envie de croire.

 2. Le terreau intellectuel

 Le terreau intellectuel de la post-vérité se trouve dans le courant philosophique de la déconstruction : un groupe de penseurs (Foucault, Barthes, Bourdieu, Derrida, pour ne citer que les français) qui s’est acharné à dénoncer toute les manifestations du « pouvoir ». Ces penseurs ont ainsi contribué à ternir l’image du scientifique et, plus généralement, de l’expert : plutôt que de prendre le temps de les comprendre, il est aujourd’hui suffisant de mettre en doute leur expertise (science = pouvoir = oppression). On comprend le succès de ce courant de pensée : l’opinion du premier venu, pour peu quelle soit présentée comme une dénonciation du « pouvoir », vaut autant que celle de l’expert.

3. Le terreau médiatique

 Ce courant de la déconstruction a eu une profonde influence sur la formation des journalistes. Nombre de journalistes conçoivent leur travail plus comme une mise en récit des opinions que comme une recherche de vérité. Il n’y a qu’à allumer la radio pour s’en rendre compte. Lors d’un sujet sur la grippe, la voix d’un scientifique sera mise sur le même plan que celle d’un auditeur qui appellera pour donner son « témoignage » : « L’année dernière, je me suis fait vacciner, ça n’a pas marché. Du coup je ne me fais plus vacciner ». On pourrait penser que ce travail de confrontation des opinions est un moindre mal, cette démarche correspond d’ailleurs à nos valeurs de pluralité et de liberté d’expression. C’est sans compter sur les effets d’internet.

4. Le terreau technologique

 À l’heure de la presse gratuite, la survie d’un journal dépend du nombre de vues sur internet. Or, quels articles sont plus lus ? Gagné ! Les articles qui expriment les idées les plus choquantes, les plus déroutantes où celles qui sont exprimées par les pitres les plus médiatiques. D’où le succès, par exemple, des théories du complot, dont nous avons déjà parlé ici.

5. Le terreau politique

Mais, finalement, peut-on en vouloir aux gens qui amènent au pouvoir des personnages qui ont été pris en flagrant délit de mensonge ou, pour le dire de façon plus pudique, en flagrant délit de diffusion de vérités alternatives ? Non et oui. Non car aujourd’hui nous avons le choix entre deux types de politiciens :

–      Des politiciens qui mentent

–      Des politiciens qui mentent ET qui dénoncent des tabous.

On comprend que la deuxième catégorie l’emporte. Mais ce n’est pas glorieux. D’autant plus qu’il existe des outils pour exercer notre esprit critique, pour peu qu’on s’en donne la peine.

Voici le lien vers une émission pour poursuivre la réflexion sur la post-vérité.

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