Faut-il censurer Houellebecq?

Il y a quelques mois, j’ai publié une critique de Sérotonine de Michel Houellebecq.

Et puis je suis allé lire les commentaires…

J’ai alors réalisé à quel point il était difficile d’avoir une discussion constructive sur le beau et sur le bien. C’était aussi de ma faute, parce que j’avais volontairement été tranchant dans mon jugement. Mais le constat m’interpelle: nous avons d’immenses difficultés à dépasser le stade du stade du like et du dislike.

Si on en reste à cette superficialité, si on renonce à expliquer, à justifier auprès des autres pourquoi on aime ou on n’aime pas œuvre, c’est tout un pan de la communication, tout un pan de notre vie intellectuelle qui s’appauvrit. Et ça, c’est trop dommage.  Je vous propose donc un exercice exigeant, un exercice qui va vous inciter à formuler et à justifier des jugements dans le domaine du style, de l’esthétique et de la morale. Je vous propose de faire le procès de Michel Houellebecq.

L’exercice de rhétorique

Pour vous permettre de faire l’exercice sérieusement, je vous ai préparé un document.

Dans ce document, vous trouverez quatre extraits de l’ouvrage Sérotonine, quatre pièces à convictions, sur la base desquelles vous allez à déterminer si l’ouvrage doit ou non être censuré.

Dans ce document également vous trouverez, pour vous inspirer, des extraits des argumentaires échangés lors du procès de  Madame Bovary de Flaubert en 1857. L’ouvrage avait alors été accusé d’outrage à la morale publique sur la base du fait qu’il faisait l’apologie de l’adultère. En France, le concept d’outrage aux bonnes mœurs n’a plus de valeur juridique depuis 1994, mais je trouve ça intéressant de voir comment les acteurs de ce procès cherchaient à fonder leurs arguments moraux sur des analyses stylistiques. Vous verrez, c’est passionnant.

L’idée, c’est que vous fassiez 3 argumentaires:

  • Le réquisitoire, où vous allez aussi que possible dans la recherche des bonnes raisons de censurer l’ouvrage
  • La plaidoirie, où vous allez aussi loin que possible dans la recherche des bonnes raisons de ne pas le censurer.
  • Le jugement, où vous essayez de vous hissez au point de vue de la justice.

C’est très formateur si vous parvenez à faire les trois discours, ça exerce à la fois votre créativité dans la recherche d’arguments et votre capacité à changer de point de vue et de style. Un avocat est impliqué, sa parole éloquente, chargée d’émotions. De son côté, le juge doit s’efforcer de regarder les choses “du dessus”. Il doit dépasser les clivages partisans et adopter le point de vue de la justice, défendre une position qui serait acceptable pour l’auditoire le plus universel possible.

Au plaisir de vous lire!

Si vous voulez me soutenir, vous pouvez le faire gratuitement: il suffit d’aller sur ma page tipeee et de regarder un clip.

Merci beaucoup!

Articles similaires

L’intelligence émo... Si on pense au temps perdu dans la tristesse, le remord ou le ressentiment, aux occasions manquées par peur ou par honte, aux risques qu’on prend quand
Qu’est-ce que le re... Le relativisme est un refus d’assumer un jugement moral. C’est aussi l’attitude par défaut de beaucoup d’européens aujourd’hui. Comment en sommes-nous arrivés là ? Que faut-il garder du
3 lectures pour stimuler ... Ce classement n’est pas subjectif. Il s’agit vraiment d’ouvrages à lire absolument si vous vous souciez de votre intelligence. Et oui, l’intelligence peut se mesurer de façon
Macron: on lui donne une ... Depuis trop longtemps, les professionnels de la politique occupent l’espace public avec des phrases vides et des idées creuses. Il est temps de leur donner une leçon.
Comment faire du bien ave... Pratiquez l’épidictique ! Les discours épidictiques visent à créer un sentiment de fierté, de concorde et, plus généralement, à changer positivement l’humeur de l’auditoire. L’épidictique peut être pratiqué
Devenir démocrate: un ex... Partons d’une proposition radicale, au risque d’être imprudents : nous vivons en démocratie mais nous ne sommes pas démocrates. Nous bénéficions d’une liberté d’expression relativement bien garantie, nous
Raconter des histoires: l... Pourquoi racontons-nous des histoires ?  Les histoires que nous racontons ont deux fonctions principales : donner du sens et créer des liens. Donner du sens C’est grâce aux histoires
Parler des différences c... Voici, pour commencer, la meilleure définition du stéréotype que je connaisse : Un stéréotype est un raccourci mental que l’on empreinte lorsqu’on essaie d’interpréter les actions et les
Laïciser le besoin de se... L’idée est dans l’air depuis un moment : les européens ont perdu leurs valeurs, notre monde est désenchanté. En conséquence, nos enfants sont des proies faciles pour les nouvelles
Savoir conclure Vous arrivez à la fin de votre discours ou de votre présentation. Vous avez fait le travail: votre plan tenait la route, vous avez surmonté le petit

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *